PUBLICATIONS / CRITIQUES

Laetita Blanchon : exit

« À défaut d’être une marque comme Warhol, j’aimerais être une empreinte comme le pied d’Armstrong. » Fred Mars Landois

En effet il ne faut pas s’y méprendre : sous l’éclat des néons sommeille le lit de l’histoire ; intrigante « vitrine » d’un artiste qui cultive les paradoxes.
Slogan choc : « Tito star », pas très chic sur ces rayures matelassées… Les mémoires ressurgissent, pleins feux sur le passé.
Sarajevo d’abord ; rencontre déterminante dans le parcours de l’artiste, tant sur le plan humain qu’artistique.
Le seuil est parfois mince entre réel et imaginaire, mais le pas franchi reste immense. Inspiré par le profond décalage ressenti lors de son premier voyage, Landois questionne ainsi le poids de l’image, son véhicule, nos représentations sous le feu des ­apparences. Entre héritage et transmission, repenser les trajectoires, éclater les frontières. Dans l’épaisseur du limon, portées par le courant, petite et grande histoire se lient. Creuset des mutations contemporaines, l’actuelle Bosnie-Herzégovine voit s’ériger en 1946 la flamme éternelle, mémorial dédié aux victimes civiles et militaires de la seconde guerre mondiale et auquel l’oeuvre rend hommage. Lourde toile alors que celle du matelas qui invoque l’uniforme des déportés…
À la tête autrefois des différents territoires formant la Yougoslavie, Tito ; celui qu’on étiquette couramment sous le label « dictateur ».
Mais après tout, « tout dépend sous quelle lumière, sous quel néon c’est éclairé » rappelle l’artiste…

Tito star ? C’est en tout cas ce qu’affirme l’un des personnages de la comédie musicale Starmania dans la chanson du même nom. Personnalités politiques et étoiles montantes du show business sont listées aux côtés de personnages de fictions ou de citoyens lambda. Les chœurs les rassemblent sous ce même slogan :
« Tous des stars », soutenu par ce leitmotiv : « qu’est ce qu’il a que tu n’as pas toi ? ». Le fameux quart d’heure de gloire dont parlait Warhol, qui touche à l’heure actuelle, via les ­télé-réalités, son apogée, trouve ici une résonance. À bien réécouter ­Starmania, la comédie musicale fait écho à l’actualité la plus brûlante : manipulations médiatiques, affaires de moeurs de certains ­politiciens ou, encore plus récent, la question de l’homosexualité.
Et pourtant Starmania reste, pour la jeune génération, emblématique d’une époque, d’un temps qui semble révolu.
Guidé par les références populaires, Landois cherche ainsi du côté de la tradition, inspiré par le folklore qu’il découvre lors de ses séjours. Endossant un rôle de passeur, il tend à tisser des liens et ouvrir une brèche dans un espace-temps trop ­cloisonné, trop segmenté, ainsi qu’on l’enseigne dans les institutions ; ­format en série qu’on écoule pour stocker confortablement dans les cases mémoire. Ici la place est au vécu, aux doutes aussi.
L’histoire n’est finalement jamais écrite et « l’artiste doit être un arrangeur de choses existantes qui en propose une vision nouvelle » ainsi que l’explique Braco Dimitrijevic, artiste qui fait référence dans la démarche de Landois. De ses portraits de passants inconnus jusqu’aux Triptychos post historicus, natures mortes mêlant peinture originale d’un ­artiste, objet et élément naturel, Dimitrijevic, réinvestit l’histoire ­; ­­ l’absurde et l’incongru comme armes critiques.

En titrant cette oeuvre Starmania, Landois offre une relecture, un point d’ancrage, dénonçant, entre autre, le mythe de la ­personnalité, la conscience de l’homme en miette, sacrifiée sur le lit de la gloire.
Bande à part, il raille, il raye - moelleuse signalétique - Buren n’est pas très loin. La surface est exaltée, les volumes, ­transposés dans une autre dimension, invitant littéralement le regard à se ­réorienter ; le spectateur, à changer de point de vue. Dans cette veine, on se souvient de Rauschenberg qui en 1955 réalise Bed, l’une de ses célèbres « Combines paintings » qui n’est autre qu’un lit sur lequel il effectue un important travail pictural, invitant ­ainsi à repenser la matière même de l’oeuvre, à la fois objet et ­surface d’inscription. C’est d’ailleurs à la verticale, accrochée au mur qu’il la présentera, tel un patchwork, abolissant toute ­hiérarchie, amenant lui aussi un autre angle de vue, une perspective nouvelle. Artiste protéiforme, Landois s’inscrit ainsi ­pleinement dans cette histoire de l’art post-moderne. Mais gardez-vous de chercher du côté de Flavin ou Morellet car il vous répondra, en bon duchampien, « j’ai toujours détesté le néon. » Les toiles c’est laid (l’étoile scellée), l’étoile aussi, s’amusait Duchamp.
Voilà qui semble approprié. Car sous les lumières bien souvent rien ne brille. Tout est vide, tout est creux. La lueur est faible mais certains parviennent encore à éclairer nos lanternes ; cherchez donc la sortie, c’est sans doute la première étape sur le chemin de MARS…